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Fentes et orifices

On se tromperait si l’on croyait que le langage d’Eugen était pauvre. Au contraire, ses traductions du roumain à l’anglais – il aimait ponctuer ses phrases avec des « Goddamned » – et à l’italien donnaient lieu à des expressions d’une richesse époustouflante, qui se mélangeaient parfaitement dans ses phrases en donnant lieu à une espèce de poésie, archaïque, baroque, pop et rap à la fois. Le matin, au petit déjeuner, Eugen préférait « siroter du nectar d’orange – goddamned ! » plutôt que boire du jus. Certes, parfois, les images qui se formaient étaient un peu plus violentes, surtout quand l’objet de discussion était une jeune fille désirable. La voix rauque d’Eugen, dans ce cas, n’imitait certes pas les vers du Dolce stil novo, mais avait tout de même une force évocatoire remarquable. Au lieu d’un « Tanto gentile e tanto onesta pare », Eugen lançait à l’objet de ses désirs : « Goddamned, tu es tellement belle ce soir que je souhaiterais te prendre dans tous tes fentes et orifices ! ».

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